Extrait de Mon corps est une île (inédit)

Extrait de « Mon corps est une île » enfin terminé 😉
accompagné d’une encre et gouache blanche réalisée à l’instant, format A4

Dans l’ombre, sous la voûte des arbres, tu as traversé le vide, la flambée du soir entre tes doigts écartés, tendus dans le crépuscule. À contre-jour, l’arbre est devant toi, dans l’étau des secondes, un antre obscur traversé d’ombres claires. Tout flotte autour de toi, le feuillage maintenant bleui par la nuit, le soleil écarlate à l’horizon, la lumière qui se retire dans les flammèches brunes du vent. Le froid fige ton ombre, tu demeures immobile dans l’enchevêtrement obscur, l’herbe paraît plus haute qu’un instant plus tôt quand le jour déclinait lentement ponctuant le silence de saccades blanches. Peu à peu la blancheur diminue absorbée par le vert sombre. Chaque branche se balance comme des bras tendus vers toi qui appellent la caresse de tes paumes ouvertes. Chaque arbre a son heure et sa couleur. Celle-ci obéit au trembler du vent, au temps qui passe, aux heures qui se succèdent, les feuilles rousses ont agrippé le sol, résolues à se dissoudre dans l’humus. Tu es feuille encore verte résolue à épouser cette terre vrombissante de vie, cet élan que l’arbre t’enjoint de capter. Te dissoudre dans l’éblouissement de sa lumière, t’unifier à sa pérennité, tenir son équilibre, t’appuyer à sa force. Vibrante, la circulation dans les racines de l’arbre chatouille tes doigts de pied nus, tu sens monter leur sève, la source fraîche qui coule sous la pierre.

Certains matins d’hiver, les couleurs vampirisent ton horizon, dévaste le ciel dressé devant toi, se substitue à la menace soudaine, un tourbillon de feux. Des bras s’allongent, se dressent au devant de toi, arrachent un pan de ta souffrance, recouvrent ta solitude. L’eau et le feu du ciel se mêlent, se détachent en épaisses gouttelettes, inondent tes sanglots.

Tu te hisses jusqu’aux plus hautes branches, le feuillage se défait, s’abaisse et retombe sur la mousse naissante. Les milles feux du soleil t’échauffent sous l’œil compatissant du ciel dont la lèvre tremblante écarte les zestes d’écume. C’est une bouche ouverte qui absorbe tout. Au creux de ses joues rondes, tu attends.

Alors le souvenir est là, au bord de tes lèvres, ses rivages noirs. C’est un mur blanc de pierre, un trop plein d’inexprimé, mais qui bouge, s’agite. C’est un rideau soyeux où glissent les images. Avant de remonter et d’en atteindre la cime, il faut descendre toujours plus profond. Sa brèche silencieuse d’une extrême perméabilité sensorielle est recouverte d’une épaisse fourrure. Tu tâtes le fond.. La lumière s’y dépose, les effets de parhélie s’intensifient. Et il y fait froid, plus froid que dans aucun antre le plus obscur. Le temps s’efface, l’espace n’est plus, tu es pourtant là, dans ton lit, immobile, lit d’algues et de sang aux bras solides qui t’enserrent et te retiennent.

Le réel est isolé, inabordable. Au fond, son opacité t’empêche d’y lire. Transparence et profondeur, lumière comme autant de trouées dans l’air, comme autant d’ouvertures dans le grillage du ciel.« Ecoute le souffle de l’espace, le message incessant qui est fait de silence. »  Entends les voix de l’arbre libérer l’épaisseur des songes de tes nuits indigos. Dans l’explosion silencieuse de la nébuleuse soudée à l’enlisement logomachique des rets rouges et spasmés de ta voix épuisée et lasse de chercher, l’indicible rejoint le dicible. La force invisible de l’arbre vibre ; tout bouge, monte et s’évanouit dans les mille chatoiements du feuillage.

Encre et gouache blanche, format A4

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